• Philosopher, c’est se préoccuper de l’homme

    par  • 26 septembre 2009 • Philosophie • 0 Commentaires

    Aristote

    Nous donnons une explication de trois phrases de différents philosophes qui mettent l’homme au cœur des préoccupations philosophiques. En effet les interrogations sur l’homme ont toujours habité la philosophie. Ces trois parties sont le texte de l’émission de la Journée mondiale de la Philosophie diffusée sur la MBC 3 le jeudi 20 novembre 2008 à 19h par Joseph Cardella.

    1) « L’homme est la mesure de toutes choses ».

    Le philosophe Protagoras, qui vécut en Grèce au Vème siècle av. J.-C.,  nous dit qu’il n’y a pas de vérité au-dessus de nous. La vérité est toujours liée à un individu ou à un groupe. Par exemple, si je mets ma main dans de l’eau chaude et que je la retire parce que je trouve l’eau trop chaude, en réalité, ce n’est pas l’eau qui est chaude, comme on a l’habitude de dire, mais c’est moi qui trouve l’eau trop chaude. Autrement dit, l’eau est chaude pour moi. Pour une autre personne, l’eau ne sera sans doute pas chaude.
    Nous pouvons considérer cette conception de la vérité comme une des plus importantes de la pensée humaine. Il s’agit ici du relativisme ! Le relativisme est la conception qui dit que la vérité est ce qu’en font les hommes. C’est à partir des hommes et en fonction des hommes que les vérités se construisent.
    Est-ce qu’on pourrait dire alors à chacun sa vérité ? Y aurait-il autant de vérité que d’individus ? En fait, il y a des vérités individuelles et des vérités collectives. Pour reprendre l’exemple de tout à l’heure, ma vérité, c’est qu’à une certaine température l’eau va brûler ma main, alors que ça ne sera pas le cas pour quelqu’un d’autre. L’homme est donc la mesure de toutes choses, et c’est à partir de lui que la vérité aura du sens.

    2) « L’homme est un animal politique ».

    Cet autre philosophe grec qu’est Aristote, qui vécut au IVème siècle av. J.-C., affirme que ce qui caractérise l’homme, c’est qu’il vit en société. Les hommes en dehors de la société n’ont pas de vie possible. C’est ce que veut dire en grec ancien le mot « politiké », qui est l’adjectif qui renvoie à cet autre mot grec « Polis » P.O.L.I.S., qui veut dire la Cité (par exemple la cité d’Athènes). Pour Aristote, l’homme est un être qui vit dans la Cité, dans la ville, dans la société, dans la civilisation. Cela signifie que notre vie est totalement liée à la vie des autres. Nous sommes à la fois des individus à part entière et des êtres sociaux. Nous avons tous une histoire singulière, mais nous ne pouvons avoir une histoire qui nous est propre que parce que nous faisons partie d’un groupe, d’une société.
    Si nous comprenons cette phrase de la manière la plus large possible, cela veut dire que du plus petit village de la planète à la plus grande ville, les hommes vivent toujours en groupe, et que ces groupes ont des règles et des normes. On pourrait donc dire qu’être seul au monde est donc impossible ! Comme disait le chanteur Gilbert Bécaud : « la solitude, ça n’existe pas ! » Nous pouvons nous sentir seul, mais en réalité nous sommes toujours dans la société, nous faisons toujours corps avec la société.

    3) L’homme n’est pas un empire dans un empire.

    Spinoza, philosophe hollandais qui vécut au 17ème siècle, est un de ceux qui ont remis l’homme à sa place. En effet, nombre de religions et de philosophies ont mis l’homme au centre du monde. L’homme a une place privilégiée dans le monde. Mieux encore : pour certains, il a la meilleure place parmi les êtres vivants. Beaucoup d’hommes se sont considérés comme ne faisant pas tout à fait partie de la nature. Or, lorsque Spinoza dit que l’homme n’est pas un empire dans un empire, il veut signifier que l’homme n’est pas une exception dans la nature. En effet, tout dans la nature est déterminé. Tous les phénomènes dans la nature ont des causes, et ces causes sont naturelles. Et l’homme, faisant partie de la nature, obéit aussi aux lois naturelles.
    Spinoza fait l’analyse suivante : nous sommes nombreux à penser que les hommes ont un pouvoir spécial qui consiste à troubler l’ordre de la nature au lieu de suivre cet ordre. L’homme se croit libre. Et justement, cette liberté est ce pouvoir « quasi-magique » de se croire différent de la nature. Ainsi, les hommes se croyant libres se considèrent étant un empire, ici le libre-arbitre, dans un empire, c’est-à-dire la nature. Autrement dit, nous avons l’habitude de nous considérer comme des êtres exceptionnels.
    Continuant son analyse, Spinoza nous dit que lorsque nous éprouvons de la jalousie, de la haine, de l’amour, de la colère, tous ces sentiments sont causés par d’autres choses en nous. Il y a donc des causes à nos passions et à nos sentiments. Le fait de dire donc que nous obéissons tous aux mêmes lois naturelles et que c’est le principe de causalité qui gouverne le monde et qui nous gouverne, cela veut dire que nous ne sommes pas des êtres exceptionnels, mais que nous suivons les lois communes de la nature, comme tout ce qui existe.

    Joseph Cardella

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