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	<title>Universite populaire de l&#039;Ile Maurice &#187; Philosophie</title>
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		<title>La Territorialité</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Dec 2011 13:38:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>upim</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous sommes territorialisés de partout : géographiquement (ma maison, mon quartier, ma ville, mon pays etc.), socialement (moi, ma famille, mes amis, mon "groupe" etc.), politiquement (mes croyances politiques, mon idéologie etc.), religieusement (ma religion, mes croyances religieuses etc.), linguistiquement (ma langue natale à travers laquelle le monde prend un sens pour moi), culturellement (ce que je perçois et conçois comme art, musique, littérature, poésie etc.). Il y a même des territoires économiques, sexuels, gastronomiques etc.

La territorialité représente donc l’ensemble des acquis d’un individu ou d’un groupe d’individus....]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2 align="center"><strong><span style="color: #ff6600;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2091" title="Avinaash Munohur" src="http://www.upim.info/wp-content/uploads/2011/12/CIMG4354-2-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></span></strong></h2>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #ff0000;"><strong>Avinaash Munohur</strong></span>,<strong> licencié en philosophie à l&#8217;Université de Toronto et actuellement en master à la Sorbonne. </strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2 align="center"><strong><span style="color: #ff6600;">La Territorialité</span><em></em></strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #993300;"><span style="text-decoration: underline;">La vie </span><span style="text-decoration: underline;">est</span><span style="text-decoration: underline;"> territorialisée</span></span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous sommes territorialisés de partout : géographiquement (ma maison, mon quartier, ma ville, mon pays etc.), socialement (moi, ma famille, mes amis, mon &laquo;&nbsp;groupe&nbsp;&raquo; etc.), politiquement (mes croyances politiques, mon idéologie etc.), religieusement (ma religion, mes croyances religieuses etc.), linguistiquement (ma langue natale à travers laquelle le monde prend un sens pour moi), culturellement (ce que je perçois et conçois comme art, musique, littérature, poésie etc.). Il y a même des territoires économiques, sexuels, gastronomiques etc.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La territorialité représente donc l’ensemble des acquis d’un individu ou d’un groupe d’individus. Cette notion d’acquis englobe un processus, conscients ou pas, de sélection. On sélectionne ce qui va devenir notre territoire. La question de la liberté de sélection ne nous intéresse pas ici, seul le résultat car il est vrai qu’on pourra toujours dire que nous n’avons pas choisi le pays, la famille, la culture, la langue et la religion de nôtre naissance, mais on en est quant même le résultat.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Donc, il y a sélection de valeurs, procédés, manières de faire, manières de voir le monde, de l’interpréter, de lui donner un sens. Mais avec la sélection, ou plutôt, résultant de la sélection, il y a aussi ce que l’on peut appeler le dressage et le domptage des individus. C’est ainsi qu’une culture se transmet… c’est ainsi qu’un individu deviens ce qu’il est : il est littéralement dressé à vivre d’une certaine manière, c&#8217;est-à-dire d’habiter un territoire. Ainsi, nous pouvons dire qu’aucun individu n’est libre, mais qu’il est en chaînes… ses a priori territoriaux sont comme des chaînes qui font de lui ce qu’il est. Même les goûts et les couleurs sont affaires de territoire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans sa forme aboutie, le territoire constitue le monde de quelqu’un ou de quelque chose (les animaux ont aussi des territoires). Les mondes ont parfois des choses très restreintes et simples. Par exemple, le monde de la tique (carapate) se définit par son énergie gravifique de chute, son caractère olfactif de perception de sueur, son caractère actif de piqûre : la tique monte en haut d’une tige pour se laisser tomber sur un mammifère qui passe, qu’elle reconnaît à l’odeur et qu’elle pique au creux de la peau. Ainsi le monde de la tique se résume à l’association de trois facteurs (énergie gravifique, caractère olfactif de perception et caractère actif de piqûre). Dans une nature infinie, elle ne sélectionne que trois facteurs qui constituent son monde, son territoire, sa vie… rien d’autre ne compte pour elle.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les êtres humains ne sont pas bien différents, sauf que nos territoires sont infiniment plus complexes et variés. Les mondes humains sont aussi variés qu’il y a de nations, d’ethnies, de tribus et de groupements d’hommes sur terre… d’où la difficulté que l’on peut avoir parfois à se comprendre et à se tolérer.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour revenir à notre discussion sur le territoire, on peut donc dire que le territoire est le postulat de notre manière d’être, de penser, de concevoir le monde. Plus encore, le territoire détermine ce que l’on va penser et comment on va agir dans certaines situations. Par exemple, il est malpoli de ne pas fixer les yeux de son interlocuteur en Amérique Latine. Alors qu’au Japon, il est malpoli de les fixer. Ces ‘coutumes’ sont le résultat du monde dans lequel on vit, donc du territoire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Ainsi émerge notre proposition sur le territoire : l’individu politique (c&#8217;est-à-dire l’individu de l’action) est la conséquence des déterminations territoriales qui le constituent.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #993300;"><span style="text-decoration: underline;">La vie est également déterritorialisée</span></span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La déterritorialisation résulte de la nécessité de changement et d’adaptation que subit un individu ou un groupe d’individus. Si le territoire représente les acquis (sociaux, économiques, artistiques, politique, etc.), la déterritorialisation représente la possibilité de conquête d’autres champs culturels. Il y a fuite du territoire originel et recherche d’un autre territoire. Mais cette fuite n’est pas un abandon complet du territoire originel… elle est la recherche d’un territoire nouveau qui garde racine dans le territoire originel. Il y a donc expansion du territoire originel. Ce mouvement est ce que l’on appelle couramment le progrès.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les grands courants colonialistes qui ont bâtis les empires Anglais et Français (pour ne citer que ceux-la) étaient des déterritorialisations. On peut toujours revenir aux analyses économiques et sociales, mais il y avait là quelque chose de beaucoup plus profond que la seule raison économique. La colonisation a fait partie d’une étape essentielle dans l’avancement historique des cultures anglaises et françaises. En allant conquérir d’autres terres, le colon y a instauré son Eglise, son administration, son système éducatif, son système judiciaire, ses mœurs, ses coutumes, etc. Mais elle a également intégré au sein de sa propre culture des éléments intrinsèques aux territoires conquis.  Ainsi, il se développe en Europe toute une culture (sociale) du tabac suivant la découverte de l’Amérique (les fumoirs font leur apparition). Ou encore, toute une culture du thé et des épices suivant l’établissement des comptoirs coloniaux des Indes. Il n’y a pas seulement appropriation, il y a également adaptation – le tabac et le thé se consomment différemment en Angleterre qu’en Amérique et en Inde. Les Anglais ont adapté ces éléments étrangers à leurs goûts et à leurs mœurs.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais le revers de la médaille est également vraie : en colonisant des terres étrangères, les colons ont également déterritorialisés les autochtones… en leurs imposants une éducation, une religion, une langue, une culture qui n’étaient pas la leurs. La colonisation va même pousser la déterritorialisation jusqu’aux mouvements migratoires de certaines populations afin de peupler les nouveaux territoires (les esclaves en Amérique, les esclaves et les coolis à Maurice etc. Ils ont été déterritorialisés de leurs terres, de leurs mœurs, de leurs coutumes, de leurs cultures… mais nous reviendrons sur ce point puisqu’il est l’essence de cette intervention.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous voyons donc que la déterritorialisation emmène une reterritorialisation avec elle… rien ne reste constamment déterritorialisé, il y a adaptation et évolution. On agrandit un territoire par la déterritorialisation, et la partie conquise est intégrée au territoire pour constituer une évolution du territoire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le mouvement est donc le suivant :</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Territoire &gt; Fuite &gt; Nouveau Territoire  </strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Ou,                  Territorialité &gt; Déterritorialisation &gt; Reterritorialisation</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #993300;"><span style="text-decoration: underline;">Pourquoi est-il important de parler de territoire ?</span></span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Mauricien est ce qui convient d’appeler un individu déterritorialisé. Il a quitté son Europe natal, son Afrique natale, son Inde natale, sa Chine natale, etc. Mais il transporte toujours avec lui tel un bagage immanent son ‘territoire’. Ce territoire est imprimé non seulement dans le style de vie et la physionomie des Mauriciens, mais également et de manière plus profonde, dans leurs consciences.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il s’agit vraiment d’une empreinte digitale de tout ce qui nous constitue, de tout ce dont nous sommes faits… Mais il y a là un grand danger : celui de vouloir se rétablir dans son territoire originel. Ainsi, on veut recréer ici son Europe, son Afrique, son Inde, sa Chine, etc… au lieu de créer ‘notre’ Ile Maurice (parce qu’un peuple, ça n’existe pas tout fait… ça se créer !).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La societe Mauricienne ne doit pas tomber dans le piège de la démagogie politicienne de bas-étage qui consiste largement à hétérogénéiser la société, celle-ci étant déjà relativement hétérogène. Ce n’est pas en instaurant la différence comme critère d’opposition que viendra le progrès. Le sectarisme ou le communalisme renvoient toujours à l’opposition territoriale, où chaque entité établit (ou cherche à établir) son territoire comme la dominante, la vertueuse, celle qui détient la vérité. L’apparition des mouvements politiques comme le FSM (pour Mauricien ? Je ne crois pas !) , la VOH, les lobbies castéistes, etc. sont des symptômes d’un conservatisme dangereux, d’un fascisme grandissant, d’une société en mal de vivre ensemble. Ces tendances sont aux antipodes du but que chaque Mauricien devrait se fixer : celui de créer une société qui respecte la différence d’autrui tout en donnant à chaque individu une conscience commune, un devenir commun, un territoire commun.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi, il ne s’agit pas de recréer les territoires d’où nous sommes issues, nous les avons laissé derrière nous, notre challenge est de créer un territoire commun qui pourra peut être un jour de donner l’élan d’un destin commun : celui du Mauricien.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>_______</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour conclure donc, nous pouvons dire que les concepts de la territorialité sont l’expression d’une problématique réelle de la société mauricienne : comment réconcilier la multiplicité des mondes qu’est l’Ile Maurice afin d’en faire une nation ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi, penser en terme de territoire peut nous emmener à une prise de conscience personnelle… celle que nous sommes nous-même le résultat et la conséquence d’a priori territoriaux, et que notre vision du monde n’est ni universelle, ni absolue ou objective. Elle n’est qu’une interprétation du monde et de la vie. Cette prise de conscience peut ainsi avoir le pouvoir de nous rendre un peu plus libre de nos jugements face aux autres… peut être même jugerons-nous moins et essayerons-nous de nous comprendre un peu plus, ce serait un bien bon début.      </strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong> Avinaash Munohur,</strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Licencié en philosophie à l&#8217;Université de Toronto </strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>et actuellement en master à la Sorbonne. </strong></p>
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		<title>La laïcité face aux enjeux des sociétés plurielles</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Dec 2011 16:13:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>upim</dc:creator>
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		<category><![CDATA[université populaire]]></category>

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		<description><![CDATA[A quelles conditions de possibilité des croyants de toute confession religieuse (chrétiens, hindous, musulmans, juifs, bouddhistes, jaïns, etc.) mais également des non-croyants au sens religieux strict, athées ou agnostiques, peuvent réussir de la manière la plus satisfaisante possible à coexister sur le même territoire, au sein du même Etat, dans la concorde civile, la paix sociale, disons dans une bonne entente où chacun y trouve son compte sans se sentir lésé ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><span style="color: #ff0000;"><strong><a href="http://www.upim.info/wp-content/uploads/2011/05/Stéphane-Dutrerty.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1652" title="Stéphane Dutrerty" src="http://www.upim.info/wp-content/uploads/2011/05/Stéphane-Dutrerty.jpg" alt="Stéphane Dutrerty" width="269" height="202" /></a></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #ff0000;"><strong><span style="color: #000000;">Stéphane Dutertry</span></strong><span style="color: #000000;">, </span></span>licencié en philosophie et en histoire de l’université de Nice-Sophia Antipolis</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Texte de Stéphane Dutertry faisant suite à la     conférence-débat qui s&#8217;est tenue le Jeudi 13 janvier 2011 à l&#8217;Institut     Français de Maurice (IFM) à 18h.</p>
<h2 style="text-align: center;"><strong><span style="color: #ff0000;">La laïcité face aux enjeux des sociétés plurielles</span></strong></h2>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff6600;">INTRODUCTION<br />
</span></strong></p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></h4>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je vais commencer par une question qui sera comme le fil conducteur de tout mon exposé :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A     quelles conditions de possibilité des croyants de toute confession     religieuse (chrétiens, hindous, musulmans, juifs, bouddhistes, jaïns,     etc.) mais également des non-croyants au sens religieux strict, athées     ou agnostiques, peuvent réussir de la manière la plus satisfaisante     possible à coexister sur le même territoire, au sein du même Etat,  dans    la concorde civile, la paix sociale, disons dans une bonne  entente où    chacun y trouve son compte sans se sentir lésé ? Le choix  de la nature    du lien social dans les sociétés multicommunautaires, la  question de  la   justice sociale, les droits reconnus aux minorités  religieuses, la   place  accordée à la parole religieuse dans le débat  public : toutes  ces   questions et d’autres encore ne peuvent être  éludées dans les  régimes   démocratiques qui sont confrontés au(x)  défi(s) du pluralisme  moral de   leurs concitoyens.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A     cette question, la L ou mieux les principes de laïcité (ils sont     pluriels) qui, il faut le reconnaître, sont le résultat d’une évolution     historique où la modernité occidentale a joué un rôle prépondérant  (je    pense à l’Europe mais aussi aux Etats-Unis), à cette question la L   est   censée apporter une réponse « équilibrée ». Nous le verrons.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Si     l’on s’en tient aux critères les plus généraux de description des     principes laïques, à l’échelle de la planète, les experts s’accordent     pour en répertorier toujours plus ou moins quatre, à savoir :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- La neutralité religieuse (ou confessionnelle) de l’Etat, du pouvoir politique ;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- L’indépendance mutuelle ou l’autonomie de la puissance publique et des religions ;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- La     liberté de religion des individus, laquelle est plus ou moins mise  en    avant, et cela en fonction de la configuration et des   caractéristiques   propres au régime de laïcité en question ;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-     Enfin l’égalité de tous les individus au regard de leurs convictions et     cela sans discrimination (= le fait de séparer un groupe social des     autres groupes en le traitant plus mal). Voilà pour les éléments     constitutifs. Inutile de vous dire que, appliqués à chaque pays, cela     donne des résultats et des colorations tout à fait spécifiques…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mon exposé se divisera en deux parties plus une conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Dans la première, il sera question du modèle français de L ;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Dans la deuxième je vous parlerai du modèle québécois (il s’agit du Canada francophone), ce qui me permettra de les comparer ;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-     Dans la troisième, je soulèverai quelques problèmes inhérents aux     rapports Laïcité/Multiculturalisme, en donnant quelques définitions.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff6600;">I. </span><span style="color: #ff6600;">LE MODELE FRANÇAIS :</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Les principes laïques </span>: laïcité = L ; liberté de conscience = Lcse ; séparation = S ; neutralité = N ; liberté de religion = LR</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je sais que la version française de la laïcité (la L <em>made in </em>France)     ne fait pas l’unanimité à Maurice et je serais vraiment curieux de     savoir quels mécanismes ont véhiculé l’image d’une L droite dans ses     bottes, raide, intraitable, combattante voire anti-religieuse…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’honnêteté     élémentaire m’impose de vous dire que la réalité est plus complexe,     toujours plus complexe. J’écoutais récemment à la radio un sociologue     qui faisait état de quatre L, mais il serait plus juste de dire  quatre    visions ou interprétations du fait laïque :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-Une <span style="text-decoration: underline;">L d’opposition</span> à la religion due au contexte très marqué de la promulgation de la loi du 09 décembre 1905 (on fête en ce moment le 105<sup>e</sup> anniversaire de cette loi emblématique, dans une atmosphère marquée par     des inquiétudes sur la place des religions dans l’espace public) :     c’est probablement cette image-là de la L qu’ont retenu les  Mauriciens,    i.e. l’âpreté du combat anti-clérical, de l’attaque  contre les  derniers   vestiges du pouvoir de l’Eglise et de ses  privilèges. En ce  début du  XXe  s. mais cela est vrai tout au long du  XIXe, il fallait «  bouffer »  du  curé !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-Une <span style="text-decoration: underline;">L de neutralisation </span>:     c’est celle que l’on trouve dans l’énoncé de la loi de 1905, article    2,  alinéa 1. Ce type de laïcité renvoie à l’exigence de neutralité  de    l’Etat mais nous verrons qu’elle présente un visage paradoxal qui,   pour   moi, figure la spécificité propre de la laïcité  franco-française.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-Une <span style="text-decoration: underline;">L de composition </span>:     celle-ci, on la trouve dans l’art. 2 mais à l’alinéa 2. Ce type de     laïcité concerne les exceptions à la règle commune, les régimes  spéciaux    en quelque sorte. Je ne fais que la signaler.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-Une <span style="text-decoration: underline;">L de proposition </span>:     terme positif, optimiste, qui vise l’ouverture, la recherche du     meilleur compromis : c’est celle qui figure dans l’article 1 et que je     m’empresse de vous lire car quelque chose me dit que là l’hostilité  (ou    une certaine hostilité) que les Mauriciens ont par rapport à la L     française pourrait s’assouplir.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’article 1 stipule : « <span style="text-decoration: underline;">La     République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre     exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après  dans    l’intérêt de l’ordre public</span> ». Autrement dit : la liberté de conscience à tout prix pourvu que cela ne trouble pas l’ordre public !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les Français, toutes tendances confondues, adhèrent à l’une de ces quatre L, peut-être même y en a-t-il d’autres qui sait ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J’ai     voulu énumérer ces quatre L, ces quatre manières de la comprendre et    de  l’interpréter pour vous sensibiliser au fait que l’on peut tout    trouver  dans la loi, il y en a pour tous les goûts ou presque, que    celle-ci  peut être tirée dans un sens ou dans l’autre, les tenants    d’une plus  grande méfiance envers la religion imposeront une conception    plus rigide  de la L, moins axée sur les libertés, reléguant au  second   plan la  protection de la liberté de religion, et à l’inverse  les   libéraux en  proposeront une version <em>soft</em>, plus inclusive, avec une meilleure prise en compte de la religion, de sa visibilité dans l’espace public.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Evidemment,     la L qui nous importe ici, c’est celle de la ligne officielle, i.e.   la  L  effectivement défendue et mise en application par la République     (française). Là encore on s’aperçoit que tout n’est pas si simple, et     qu’entre la lettre même du texte de 1905 et les applications qui en   sont   faites, c’est souvent le grand écart ! Tout dépend, pour une   part, de   qui est au pouvoir ou aux manettes comme le dit l’expression   française.   L’actuel président par exemple a une vision de la L qui ne   serait   probablement pas pour vous déplaire dans la mesure ou il   rehausse,   redonne de l’importance au rôle de la morale religieuse au   sein de la   société : le curé ou le pasteur sont placés au-dessus de   l’instituteur,   de l’enseignant.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais     peut-être que je me fourvoie et que c’est justement cela qui vous     effraie, ou du moins certains d’entre vous : c’est-à-dire la captation     OU la mainmise OU l’influence du pouvoir clérical sur les  institutions    publiques ou l’inverse : un Etat intrusif<a href="#_ftn1">[1]</a>,     procédurier, s’immisçant dans les affaires religieuses. Mais   peut-être   après tout suis-je complètement à côté des enjeux, en dehors   de vos   préoccupations, de vos craintes, de vos attentes ? La laïcité   est-elle   en panne à Maurice ? En panne d’inspiration peut-être, pour   faire face à   des situations inédites ? Ses principes se voient-ils   attaqués,  menacés  et ce faisant la nécessité d’une réaffirmation forte   se  fait-elle  sentir ? Le débat sera là pour en discuter…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Revenons à nos moutons :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans les textes juridiques la laïcité est consacrée comme étant une <span style="text-decoration: underline;">valeur fondatrice</span> et un <span style="text-decoration: underline;">principe essentiel</span> de la République :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-valeur     fondatrice en ce sens qu’elle constitue le socle des valeurs  communes    qui fondent le lien social : on touche ici, pour le dire  avec un gros    mot, à l’identité de la nation, du peuple et à la nature  même du  vivre   ensemble. Elle n’est pas qu’une simple règle juridique  mais  concerne les   choix profonds et les aspirations des individus  qui se  reconnaissent  en  elle et ont conscience d’être Français. <a href="#_ftn2">[2]</a> Ainsi donc étant une valeur largement partagée par les citoyens     français, toute menace réelle ou supposée la visant suscite de vives     émotions et soulève des concerts de protestation de la part des «     fondamentalistes de la laïcité » (dixit R. Rémond)</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-principe     républicain, la laïcité est constitutive de l’histoire collective de    la  France, et ce depuis la Révolution de 1789. Celle-ci a mis fin à  la    monarchie de droit divin (le roi n’a de comptes à rendre qu’à  Dieu…)  et   ce faisant, a séparé, violemment, les sphères de la  religion et de  la   politique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il a quand même fallu attendre la Constitution de 1946 (nous étions alors <span style="text-decoration: underline;">sous le règne</span> de la 4<sup>e</sup> République (1946-1958)) pour que le principe de laïcité prenne valeur constitutionnelle. L’article stipule ainsi que : <em>« La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale »</em>.     [Cette constitutionnalisation signale le ralliement général des     Français autour de la L, et celui de l’Eglise catholique en particulier]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Donc     en France la L est inscrite dans la Constitution, c’est le niveau le     plus élevé dans la hiérarchie des normes. Ce n’est pas le cas dans  le    reste de l’Europe.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Venons-en     maintenant à ces fameux principes. Pour ce faire je vais vous lire   les  2  articles constitutifs de la loi du 09 décembre : Titre Ier :    Principes  (le titre II concerne l’attribution des biens mobiliers et    immobiliers  des établissements publics du culte <a href="#_ftn3">[3]</a> ainsi que les pensions aux associations) :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>-art. 1 : « <span style="text-decoration: underline;">La     République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre     exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après  dans    l’intérêt de l’ordre public</span> »</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il     s’agit du seul et unique article de la loi qui propose de la laïcité  un    contenu positif, i.e. énoncé en termes de droit ou liberté ;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>-art. 2 :</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Alinéa 1 : « <span style="text-decoration: underline;">La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence [à partir du 1<sup>er</sup> janvier qui suivra la promulgation de la présente loi], seront     supprimés des budgets de l’Etat, des départements et des communes,     toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes</span> »</em> (p. 27)</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Alinéa     2 : « Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses     relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre     exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées,     collèges, écoles, hospices, asiles et prisons ».</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cette     loi, dite de Séparation des Eglises et de l’Etat (« des » églises  car    la France comptait à l’époque la confession catholique et la    protestante  avec ses variétés) enracine la L dans les institutions    françaises, elle  fait d’elle un principe juridique, ce qui n’était pas    le cas auparavant  où la L n’était qu’un concept, une idée. Et   pourtant,  c’est toute  l’ambigüité, le terme même de laïcité ne figure   pas dans  l’énoncé de la  loi de 1905, DE MÊME que « laïcité » n’est  pas  définie  dans la  Constitution de 1946, pas plus que dans celle de   1958. La  Constitution  de 1946 <em>confirme</em> le principe de neutralité et de L, celle de 1958 stipule (dans son art. 1 ?) :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>«     La France est une République indivisible, laïque, démocratique et     sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans     distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes  les    croyances… »</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J’insiste     là-dessus pour deux raisons : la première, car il ne faudrait pas     laisser croire que le régime français de « séparation » résume à lui     tout seul la réalité diverse et complexe de la L. Ailleurs en Europe de     l’Ouest, ce n’est pas le principe de séparation qui gouverne les     relations de l’Eglise et de l’Etat, mais ceux avec une religion «     établie » comme en Angleterre l’Eglise anglicane par ex (la Reine y est     le chef de l’Eglise et <em>défenseur de la foi</em> ) <a href="#_ftn4">[4]</a> ou au Danemark avec une religion d’Etat (Eglise luthérienne) <a href="#_ftn5">[5]</a> ce qui n’empêche nullement ces pays d’être tout autant laïques.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La     deuxième pour vous dire qu’en France, en raison de cette absence de     définition ou de délimitation stricte du principe de L, il n’y a pas     d’accord général et encore moins d’unanimité sur ce qu’est la L et que     les débats font rage entre les diverses déclinaisons de celle-ci.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cependant il est vrai d’affirmer que la spécificité de la L républicaine française c’est la séparation.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Séparation     ? La loi de 1905 a délié, dissocié les deux pouvoirs, civil et     religieux en abolissant le statut public des Eglises, ce qui veut dire     que ces dernières sont devenues des entités privées (elles relevaient     auparavant du domaine public ( ?) en raison du régime du <span style="text-decoration: underline;">Concordat</span>)     L’Eglise catholique a très mal vécu ce qu’elle a jugé comme une     agression et une destitution de sa position de gardienne des vraies     valeurs. C’est que la volonté depuis la Révolution jusqu’à la     promulgation de la loi de 1905 était de soustraire l’Etat et la société à     l’influence du catholicisme plus encore que de la religion en   général,   de façon à permettre à la République d’être la véritable et   unique   garante de l’intérêt général.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>On     peut encore parler d’indépendance mutuelle entre les deux (pas   d’emprise   ou d’empiètement d’un côté comme de l’autre, plus d’aide et   de   reconnaissance de la part de l’Etat, de quelque nature que ce   soit), et   notamment grâce à l’indépendance financière. Celle-ci serait     parfaitement illustrée par la suppression du budget des cultes et   celle   des subventions jusqu’alors allouées à ces mêmes cultes si   seulement  ces  dernières étaient parfaitement respectées (des   financements publics   subsistent, et de plus, il existe des   exemptions).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #993300;">A.- Le principe de neutralité :</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Avec     ou en plus de la Séparation, mais les deux versants seront conçus    comme  indissociables, la L version française affirme et revendique haut    et  fort la neutralité de l’Etat à l’endroit de toute conviction    religieuse  ou spirituelle. L’Etat n’a pas à intervenir ou à s’immiscer    en matière  d’orientations spirituelles, il ne dicte aucun credo, ni    n’en interdit  aucun […] Aucun privilège ou traitement de faveur ne    saurait être  consenti à une option spirituelle au détriment d’une    autre. C’est dire  que le respect égal dû à tous les citoyens exige la    neutralité de la  puissance publique (les deux font la paire).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’Etat     ne saurait en aucun cas épouser, soutenir et relayer en direction de     tous une croyance, une idéologie, un système philosophique   particuliers.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un     exemple rapide : aux Etats-Unis, le combat qui oppose de façon     irréductible les tenants du créationnisme monothéiste (Dieu a crée le     monde et toutes les créatures) et les partisans de la théorie de     l’évolution. Très prégnant dans une Amérique où on trouve une synthèse     paradoxale et très typique entre l’affirmation radicale des droits et     libertés individuels et l’existence d’une véritable religion civile <a href="#_ftn6">[6]</a> Dans cette « guerre » des consciences, l’Etat fédéral américain ne saurait prendre aucune part.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bref,     l’Etat laïque n’a pas vocation à dire et a fortiori à imposer une     conception du Bien ou une vision du monde, il se déclare incompétent en     la matière et se cantonne à un rôle d’arbitre.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>DONC neutralité religieuse.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A son tour, cette neutralité de l’Etat, première condition de la L, a 2 implications <a href="#_ftn7">[7]</a> :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-d’un côté elle consacre l’égalité ; ainsi à l’article <span style="text-decoration: underline;">1 ou 2 (?)</span> de la Constitution de 1958, la L impose à la République d’assurer : <em>« l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion »</em> <a href="#_ftn8">[8]</a> Tous les usagers sont égaux devant la loi et ce, quelque soit leurs     convictions religieuses : ils ont droit à un même traitement.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-de     l’autre, il faut que l’administration se conforme à un « devoir de     stricte neutralité » qui s’impose à tout agent d’un service public. <a href="#_ftn9">[9]</a> Voir Stasi, pp. 122-123. Nous verrons que les Canadiens sont plus     souples à l’égard du port de signes religieux par les agents de l’Etat.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S et     N font donc bloc ou cause commune, ils vont tous les deux dans la   même   direction : la mise à distance du religieux. Chaque sphère peut   ainsi  se  consacrer à sa véritable vocation : pour les religions la   dimension   spirituelle, métaphysique de l’humanité, la question des   fins ultimes,   l’au-delà, etc. La puissance publique leur dénie donc   toute prétention à   une dimension politique. Et l’Etat, de son côté,   parfaitement libre de   toute attache confessionnelle, non contaminé par   le complexe  théologique  (tout ce qui est relatif au divin) ou par  une  conviction  athée ou  agnostique, peut se concentrer sur sa mission   terrestre de  gestion des  affaires publiques en tant que représentant   de tous les  citoyens et non  pas d’une partie seulement des citoyens.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #993300;">B.- La liberté de conscience :</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il     est un deuxième pilier de la loi de 1905 : la liberté de conscience,     laquelle est garantie. Mais ici, il me faut attirer votre attention  sur    une distinction qui n’a l’air de rien mais qui a de grandes    conséquences  : l’article 1 énonce deux choses : la liberté de    conscience <span style="text-decoration: underline;">et</span> le libre exercice des cultes.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Au     sens strict du terme, la liberté de conscience concerne la conscience   en   elle-même (ou en soi), i.e. la conscience individuelle, autrement   dit   et pour la nommer par son nom : la raison ou le jugement ou  encore    l’autonomie rationnelle de l’individu. Ce qui est donc garanti  par    l’Etat laïque, dans ce cas précis, ce sont dès lors les moyens,     essentiellement éducatifs, nécessaires à la conquête de cette  liberté.    Le citoyen, grâce à l’école, doit pouvoir choisir en toute  connaissance    de cause la ou les options spirituelles qui guideront  son existence  en   lui donnant sens. De ce point de vue l’Etat a un  rôle   interventionniste,  il ne peut pas simplement se retirer des  affaires   religieuses et  spirituelles : il institue pour cela  l’Education   nationale, l’éducation  pour tous [insérer ici les lois  scolaires = lois   laïques]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Au     sens large, la liberté de conscience inclut la liberté de religion  mais    celle-ci se voit définie à son tour de façon précise : il s’agit  ni   plus  ni moins que d’une liberté publique qui obéit au régime  commun des    libertés publiques, à savoir qu’elles peuvent faire  l’objet de    limitations ou de restrictions en cas de trouble ou de  menaces à l’ordre    public. Liberté de religion ? Il s’agit de la  liberté d’exercice   public  des cultes (la messe ou certaines  processions pour les   catholiques, le  temple pour les protestants, se  rendre à la mosquée,   etc.) et pour le  dire plus généralement la libre  expression spirituelle   ou religieuse  dans l’espace public. Dans une  société démocratique,   toutes les  composantes sociales, y compris les  communautés religieuses,   toutes  convictions confondues, participent à  égalité avec les autres   citoyens à  l’enrichissement du débat public.  Cette participation peut   prendre  différents aspects : la presse  écrite, les débats télévisés,   les  émissions religieuses à la TV, les  séminaires et colloques   nationaux  touchant le religieux, etc.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais     attention il est permis de manifester publiquement ses convictions     religieuses à la condition que cela ne donne pas lieu à une emprise ou     captation sur l’espace public (par ex une communauté religieuse qui     déciderait de manifester dans la rue pour réclamer l’application à     l’ensemble de la population de préceptes ou de rites qui la concernent     elle : d’où tentative d’emprise sur les esprits)</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>On     voit donc se dessiner des tensions potentielles entre les deux sens de     la liberté de conscience : la conscience/raison individuelle et sa     déclinaison en exercice libre du culte ou liberté de religion. Tension     d’autant plus vive dans le cas et le cadre de la République  française,    que celle-ci donne à la laïcité d’autres finalités que la  simple    protection de la pratique religieuse, à savoir l’émancipation     rationnelle et l’intégration civique des acteurs sociaux (traitées  dans    la seconde partie).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je     signale que l’interdiction de tout prosélytisme (c’est une vive ardeur     ou ferveur déployées pour répandre la (sa) foi et recruter des  adeptes  ;   toute personne récemment gagnée à une doctrine ; <span style="text-decoration: underline;">endoctrinement</span> si vous voulez) est située en bonne place aux côtés des deux notions     centrales de neutralité et de séparation et vient les aider à lutter     pour la défense de la liberté de conscience individuelle. Autrement dit     cette lutte impose à l’Etat des responsabilités à l’égard des  citoyens    en vue de les protéger des contraintes et des pressions. De  ce point  de   vue l’Etat ne peut plus être entièrement neutre.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je     termine maintenant cette première partie en vous donnant deux exemples     concrets qui illustrent la tension, voire le plus souvent la     contradiction qui existe entre la liberté religieuse ET la neutralité de     l’Etat laïque. Contradiction dont vous aurez compris qu’elle est    réglée  dans la grande majorité des cas par une restriction appliquée à    la  liberté de religion. C’est le cas dans les deux ex</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-Le premier concerne le <span style="text-decoration: underline;">service public</span> hospitalier : il est supposé rester neutre. En conséquence tout membre     d’un groupe religieux quelconque ayant besoin de se faire soigner à     l’hôpital public verra ses revendications liées à des prescriptions     religieuses écartées s’il s’avère qu’elles contreviennent ou entravent     le bon fonctionnement du service. Pensons à une jeune femme musulmane     qui refuserait de passer une visite avec un gynécologue homme.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-Le     second, beaucoup plus emblématique, concerne l’affaire dite du voile     islamique qui a enflammé la République à la fin des années 1980.  Cette    affaire est intervenue dans le cadre du milieu scolaire. Dans  celui-ci    la conciliation est très délicate entre les exigences de  neutralité  du   service public et la prise en compte des demandes  religieuses de    certains usagers appartenant à une communauté  religieuse.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il     s’agit de savoir si le port du foulard ne réintroduit pas dans l’école     publique des signes relevant d’une appartenance privée, et si, par     conséquent, une recolonisation de la sphère publique par cette  dernière    ne s’annonce pas au travers de revendications bénignes [mais  qui ne   sont  peut-être que les prémisses de demandes plus  importantes]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Plus     fondamentalement, tout ce [le] débat tourne autour de   l’interprétation   du fameux « droit à la différence » : expression de   la liberté ou   manifestation d’une recolonisation de la sphère publique  par des communautés fermées et intolérantes ? <a href="#_ftn10">[10]</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Passons à présent au modèle canadien.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff6600;"> II. </span><span style="color: #ff6600;">LE MODELE CANADIEN : Une laïcité (L) libérale-pluraliste</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Contrairement     à la L française, la canadienne ne fait pas figure de principe     constitutionnel, elle n’est pas née d’un acte législatif, pas     d’équivalent de la loi de 1905 au Canada mais une culture des droits et     libertés, ce qui sous-entend qu’elle est le résultat d’une dynamique     sociale, culturelle, d’une évolution historique graduelle et   progressive   [où la jurisprudence <a href="#_ftn11">[11]</a> a joué un grand rôle forcément] et non le fruit d’un volontarisme     politique arrêté à un moment donné, ce qui explique sans doute sa plus     grande ouverture, sa plus grande plasticité ou adaptabilité si l’on     préfère.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La L     française fut une L combattante, historiquement une affaire entre     l’Etat républicain et l’Eglise catholique ; elle fut anticléricale,     autrement dit elle lutta vigoureusement contre le pouvoir politique et     les privilèges institutionnels de l’Eglise de France. Ce combat a   marqué   la République de façon indélébile et explique le regard peu   conciliant   qu’elle porte sur la place à accorder aux religions au sein   de la   société.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cela     pour vous dire qu’en France, contrairement au Canada, la mise en   place   de la laïcité donna lieu à un accouchement douloureux !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En eux-mêmes les principes retenus par le Canada sont identiques formellement à la France : On en compte quatre :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- la neutralité de l’Etat,</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- la séparation de l’Etat et de l’Eglise,</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- l’égalité morale de tous les citoyens, croyants ou incroyants,</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- leur liberté de conscience (Lcse)</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cependant     pour les deux pays, ces principes se définissent, se hiérarchisent  et    fonctionnent de manière différente : on a affaire ici à deux     philosophies opposées. J’insiste là-dessus.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour     la France il y a un pilier : la N et une exigence : la Lcse. Le   pilier   c’est quelque chose d’inébranlable et sur lequel on ne revient   pas.   L’exigence, elle, n’est jamais assurée d’être satisfaite   intégralement   et tient souvent plus de l’ordre de la promesse.   D’ailleurs bien que la N   et la Lcse ne soient pas incompatibles en   soi, on l’a vu, elles sont   potentiellement contradictoires. Que la loi   républicaine vienne à être   débordée ou prise de court, à un moment   donné, par un évènement inédit   qu’elle interprète comme une menace ou   une atteinte, à tort ou à raison,   et voilà la contradiction qui   apparaît au grand jour : la Lcse est   alors sacrifiée sur l’autel de la   Neutralité [ou passe sous les fourches   caudines de la N]. J’en veux   pour preuve et pour illustration ce que   l’on a nommé l’« affaire du   foulard islamique » et dont je vous ai   parlée dans la première partie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De     son côté, le régime canadien non seulement s’est avisé du fait que     l’économie interne des principes était virtuellement conflictuelle mais a     très tôt voulu y remédier. Pour lui, le bon fonctionnement de la     machinerie laïque repose sur des <span style="text-decoration: underline;">équilibres</span> souvent délicats     entre des principes qui sont amenés à entrer en conflit. De façon à     réduire ces risques au maximum, la L canadienne a jugé bon de distinguer     les principes entre eux. C’est ainsi que chaque principe laïque  revêt    un statut spécifique et remplit une fonction qui lui est propre  :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La N     et la S sont conçues comme des moyens ou modes opératoires (au   service   de). L’égalité et la Lcse sont, quant à elles, considérées   comme les   deux grands principes sur lesquels reposent la L, et sont de   ce fait   élevées au rang de valeurs morales et, en tant que telles,   sont les   véritables finalités ou buts que cherche à atteindre l’Etat   laïque.   Pourquoi cette importance accordée à la dimension morale ?   Parce que les   valeurs morales nous font vivre, structurent nos   comportements,  guident  nos actions et participent à la constitution de   notre identité  morale  [Ce sont elles qui font l’humanité de l’homme]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est parce que l’Etat démocratique libéral reconnaît et accorde à tous les citoyens une <span style="text-decoration: underline;">valeur morale</span> ou une dignité égale qu’il se doit de les traiter avec le même respect,     quelque soit leurs convictions. Voilà pour l’égalité. Quant à la     liberté de conscience et sa protection : comment faut-il l’entendre ?     L’individu est cette fois considéré non plus simplement comme ayant une     valeur morale égale (à un autre) mais sous l’angle de son autonomie     morale [autonomie : droit pour l’individu de déterminer librement les     règles auxquelles il se soumet. Syn. Liberté]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En conséquence, l’Etat laïque va défendre et chercher à <span style="text-decoration: underline;">favoriser</span> la souveraineté de la personne, i.e. son autorité ultime quant au choix     de ses croyances ou choix de conscience au sens large. Il n’y a que     l’individu qui peut décider quelle est pour lui la meilleure manière  de    vivre en accord avec des principes moraux. Ce qui veut dire que   l’Etat   se désengage de la charge d’avoir à dicter ce qu’est le Bien.   Il est   donc neutre ou impartial.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De     leur côté, la N et la S ne sont pas des principes moraux, ils ne sont     que des principes politiques, institutionnels et subordonnés, ils     doivent servir à la réalisation des droits et libertés des individus. La     réalisation de ces finalités exige nécessairement et la S et la N :   la  L  libérale estime que l’Etat neutre est bien entendu une  nécessité,    autrement dit la loi ne doit favoriser ni défavoriser  aucune religion    particulière ni aucun point de vue séculier : la  religion au Québec    n’est pas dévalorisée ou minimisée comme en  France, elle a sa place    reconnue parmi toutes les autres convictions  non religieuses.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>[Ainsi     donc S et N permettent de satisfaire à l’égalité devant la loi de   tous   les citoyens et à la défense active de leur Lcse et de religion  tout en les maintenant en équilibre]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi     le Canada affiche-t-il clairement son attachement aux droits et     libertés individuels qui sont placés au-dessus des moyens politiques. Ce     travail de clarification dans le traitement des quatre principes   était   devenu indispensable pour éviter de les mettre sur le même plan,   et   chose plus grave encore de placer les moyens au-dessus des fins  ou  pire   de prendre les moyens pour des fins [ce qui est ou serait le  cas  de la   France, à en juger du point de vue canadien] Dans la vision   canadienne,   la moralité des gens et son respect sont premiers, c’est   l’objectif à   atteindre, l’instrument politique est second [vision  anti   machiavélienne  de l’Etat s’il en est]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je     m’empresse de dire que la vie n’a rien d’un conte de fées et que des     tensions ou des conflits ne manquent jamais de naître entre     l’institution politique et la société civile, i.e. pour reprendre la     terminologie, entre les moyens et les finalités de la L, même et y     compris au Canada. Mais justement le gouvernement canadien essaie d’y     remédier grâce à la mise en place de ce que l’on appelle les «     accommodements raisonnables » qui est une invention québécoise assez     récente mais qui, à mon avis, n’est pas encore prête d’être adoptée en     France. J’y reviens plus bas.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Si     l’on adopte la grille de lecture canadienne, commode à plus d’un  titre,    la France ne fait pas de distinction entre moyens et fins, et  sa L  peut   être qualifiée à juste titre de L neutralisation car toute     atteinte caractérisée (ou perçue comme telle) au principe laïque y   est   toujours tranchée en invoquant la sacro-sainte N de l’espace   public.   Cependant cette N est appliquée avec plus ou moins de rigueur   selon   qu’elle s’adresse aux confessions chrétiennes et juives ou à la     confession musulmane (Cf. le foulard islamique). On parlera alors de  L  à   ‘géométrie variable’. <a href="#_ftn12">[12]</a> A dire vrai cette discrimination (deux poids, deux mesures) est presque aussi vieille que la loi de 1905 [mais dans la 1<sup>ère</sup> moitié du XXe s. cela ne suscitait guère l’indignation ou la     protestation car la communauté musulmane était peu nombreuse et le     civisme républicain, l’idéologie républicaine était beaucoup plus     fédératrice qu’aujourd’hui]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le     problème prend une allure plus grave aujourd’hui car les composantes  de    la société française ont radicalement changé et, avec elles, la     sensibilité à l’inégalité de traitement devant la loi, ainsi que la     revendication des droits également. Ce qui veut dire que les individus,     appartenant ou pas à une famille spirituelle, revendiquent sans cesse     plus de droits particuliers à la face de l’Etat. L’hexagone compte     désormais la plus grande communauté musulmane d’Europe (5 millions de     personne, voire plus). L’inquiétude aujourd’hui c’est que la L  française    demeure inégalitaire et contredit ou bafoue ouvertement sa  raison    d’être alors même qu’elle a à relever le défi d’une société     multicommunautaire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est la raison pour laquelle à la France est <span style="text-decoration: underline;">accolée</span> l’image d’une L plutôt rigide. En effet, elle permet une restriction     plus grande du libre exercice de la religion (encore une fois des     fidèles de l’Islam prient dans la rue car certaines villes comme Nice     par ex ne possèdent pas encore de lieu de culte adapté : en violation  de    l’article 1 de la loi de 1905 sur le libre exercice du culte ou en    tout  cas en délicatesse avec lui) au nom d’une certaine     compréhension, je le redis, de N et S. S’il est si difficile en France     d’obtenir l’autorisation de construire une mosquée (ou un équivalent)     c’est bien que les hauts commis de l’Etat ou les décideurs n’ont  guère    de considération pour le fait religieux et estiment suffisant  qu’il  soit   vécu dans l’intimité de la sphère privée. J’ai développé  ça dans  la   première partie, je n’y reviens pas.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En     revanche, au Canada c’est l’image d’une laïcité ouverte qui ressort.     Elle a quand même été obtenue au terme d’un débat contradictoire où  elle    avait des adversaires. Avec toujours la même condition non  négociable  :   aucune religion ou conception séculière ne doit être  favorisée ou    défavorisée (Etat neutre). Mais, et c’est là que  l’esprit diffère de    celui du régime français, avec la reconnaissance  réfléchie de la valeur    fondatrice pour certains, de la dimension  spirituelle de l’existence.    Autrement dit : oui à la religion et à la  spiritualité car c’est vital    pour l’individu ! Cet aspect est  fondamental : on retrouve la fameuse    exigence d’équilibre, entre d’un  côté le respect de l’égalité morale    entre croyants et non croyants,  et de l’autre la reconnaissance de    l’importance fondatrice de la foi  religieuse dans la construction    identitaire de certains. Allons même  plus loin : c’est toute une    philosophie du vivre ensemble qui est  engagée et assumée : les options    religieuses sont déclarées pouvoir <em>« contribuer à l’approfondissement de la culture démocratique »</em>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La philosophie canadienne <span style="text-decoration: underline;">a pris la pleine mesure du pluralisme moral de tous les membres de la société</span> et ne cherche pas à le réduire au nom d’un quelconque credo unitaire.     En fait, le pouvoir politique a pris acte des limites et de la     faillibilité inhérentes à la rationalité et à la science quant à leur     capacité à donner un sens ultime aux grandes interrogations de     l’humanité (sur le sens de la vie et de la mort, de l’au-delà, la     réponse à la question de ce qu’est une vie réussie, heureuse, et par     quels moyens y parvenir, etc.). En tout cela l’Etat se reconnaît     incompétent, n’impose de ce fait aucune représentation du Bien et     renvoie aux individus. Evidemment, sur cette question de l’incompétence     assumée de l’Etat concernant les choix moraux d’existence, ce qui est     vrai pour les autorités canadiennes l’est tout autant pour les     françaises. Et pourtant c’est sur le sens à donner à l’autonomie des     citoyens que les chemins français et canadiens bifurquent ! Le système     scolaire canadien favorise l’autonomie critique des élèves sans aucun     parti pris, ni méfiance ou hostilité contre les religions. Son  approche  «   inclusive » de l’intégration civique permet aujourd’hui le  port du    hidjab (foulard) aux élèves musulmanes dans l’enceinte de  l’école    publique. Le Canada a jugé préférable que ces jeunes filles  fréquentent    l’école publique, avec le brassage que cela implique,  plutôt que    d’accentuer l’exclusion et le repli sur soi communautaire  en les    détournant vers les écoles privées confessionnelles.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>On     voit encore une fois que ce qui sépare radicalement le Québec de la     France tient, et à la compréhension différentielle de la neutralité,  et,    du côté canadien, à son souci de l’équilibre optimal entre, d’un  côté    la plus grande protection possible de la liberté d’exercice du  culte   (de  religion) et de l’autre l’égalité de traitement de tous les    citoyens  devant la loi. Les regards se portent donc d’abord vers les    droits et  libertés individuels pour estimer ensuite s’ils sont    compatibles avec  les impératifs de la vie en société. La neutralité    canadienne, à  l’inverse de la française, ne signifie pas que les    individus soient  tenus de privatiser leur appartenance religieuse (i.e.    pas de signes  religieux visibles admis dans la sphère publique),  mais   qu’elle ne prend  pas parti en faveur ou en défaveur de telle ou  telle   conception  religieuse.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Force     est de reconnaître que cette vision d’ouverture en direction de     l’autre, cet accueil sans crainte de la différence (religieuse,     culturelle) considérée comme un enrichissement contraste avec la vision     républicaine qui cherche, quant à elle, à <span style="text-decoration: underline;">affirmer l’unité du corps social</span> <a href="#_ftn13">[13]</a> et, pour ce faire, à fonder l’unité de la communauté politique     (nationale) sur des valeurs résolument non religieuses (pour ne pas dire     anti). A savoir, soit sur une philosophie séculière, soit sur une     morale laïque, à laquelle ou auxquelles tous les citoyens sont priés de     se rallier en vertu du fait que l’unité réclame l’unanimité sur les     finalités collectives. Ce qui transforme, pour le coup, la L en une «     religion civile » ou pour le dire autrement en un équivalent  séculier <a href="#_ftn14">[14]</a> de la religion […] Si cette description épouse au mieux ce que fut un certain jacobinisme français <a href="#_ftn15">[15]</a> ou plus proche de nous le régime communiste de l’U.R.S.S. ou celui de     la Chine de Mao (régimes non démocratiques), je puis vous assurer qu’à     maints égards la France d’aujourd’hui demeure méfiante et prudente  par    rapport à la religion et la tient à distance. Pour y parvenir,  elle    utilise trois moyens :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1)Elle     joue la carte de l’émancipation des citoyens par rapport à la   religion   grâce à l’éducation nationale : il s’agit toujours de   fabriquer des   individus autonomes, mais affranchis des tuteurs de   toute sorte et   notamment des autorités et des magistères religieux.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’autonomie s’acquière grâce à la raison qui « <em>est la faculté d’examen réfléchi qui s’applique à toutes choses »</em> et, vous l’aurez compris, doit servir à prendre du recul y compris par     rapport à sa propre tradition et son choix de vie. Ce qui est     sous-entendu ou supposé dans cette perspective, c’est que pour remplir     correctement sa fonction émancipatrice, il faut que la raison soit     déliée de toute foi ou tutelle religieuse ! Autrement dit, la personne     pieuse, religieuse souffrirait d’un handicap ou d’un déficit sur le   plan   rationnel en raison même de sa croyance. L’adversaire est   clairement  la  religion et non pas les conceptions « profanes » <a href="#_ftn16">[16]</a> des athées et des agnostiques qu’au contraire l’Etat laïque va très     naturellement épouser. Ce faisant, cette forme de L « républicaine »     n’est plus neutre, elle ne traite pas tous ses concitoyens de façon     égale et faillit ainsi à sa mission de service public qui est d’être     l’Etat de tout le peuple sans discrimination ;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2)Elle     relègue la pratique religieuse dans les confins de la sphère privée   et   associative au nom d’une séparation stricte du domaine public et  du    domaine privé.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>[Alors     qu’en France la neutralité exigée du service public (dans les     institutions relevant de l’Etat, l’école par ex mais aussi     l’Administration) impose la restriction de la liberté d’expression :     celle par ex d’arborer des signes religieux, au motif que cela     favoriserait une religion particulière et donc viendrait contredire     l’égalité de respect des différentes convictions]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3)Elle     développe un modèle d’intégration civique des populations allogènes     (i.e. d’une origine différente de celle de la population autochtone,  et    installé tardivement ou plus tardivement dans le pays d’accueil.  ANT    Indigène) dont l’instrument est, encore une fois, l’école,  qualifiée  en   vue de cet objectif, de « sanctuaire républicain » (de <em>sanctus</em> « saint ». 1° Lieu le plus saint d’un temple, d’une église, <span style="text-decoration: underline;">interdit aux profanes</span>.     2° Edifice consacré aux cérémonies d’une religion ; lieu saint),  mais    un sanctuaire bienveillant et accueillant aux profanes, aux  laïques.    N’est-ce pas là un détournement de sens ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est     quoi l’intégration, la politique de l’intégration ? Je vous donne la     définition du Haut Conseil à l’intégration : celle-ci est un  processus    visant à <em>« susciter la <span style="text-decoration: underline;">participation active</span> à la société <span style="text-decoration: underline;">nationale</span> d’éléments variés et différents, tout en acceptant la subsistance de     spécificités culturelles, sociales et morales et en tenant pour vrai  que    l’ensemble s’enrichit de cette variété, de cette complexité ».</em> Dans  le texte, c’est beau et noble ! Dans la réalité, nous expulsons    les  Roms de notre pays, jugés indésirables et pour lequel la France a    été  rappelée à l’ordre par la Cour européenne. Dans la réalité, nous    sommes  les héritiers captifs depuis 2007 d’un ministère de    l’Immigration et de  l’Identité nationale (inédit !) pour lequel    l’intégration prend plutôt  la figure ou les traits de l’« assimilation »    par contrainte détournée  et signifie la méfiance, teintée de peur,    envers la reconnaissance des  spécificités ou du droit à la différence.    Pour les plus fervents  partisans de cette intégration/assimilation à   la  française, les citoyens  devraient se plier à une identité civique    commune qui les oblige à se  dépouiller de ce qui fait leur  différence   (i.e. la religion et le  caractère ethnique). Je perçois  déjà les   objections : ça ce n’est pas la  France, celle des DDH, etc. A  quoi je   réponds : nous autres Français  disposons désormais d’un  ministère de   l’Identité nationale qui se charge  de distribuer les  certificats   d’authenticité française, de nous dire ce  que c’est  véritablement qu’un   (bon) Français et de statuer sur la  nature  intrinsèque de la nation   alors même que cela devrait être du  ressort  des intéressés ! La   philosophie est clairement : l’effacement de  la  différence comme   condition préalable à l’intégration. Ou version  plus  pondérée :   refoulement strict des différences dans la sphère privée   (i.e. dans les   limites strictes du domicile et des édifices cultuels)   ou dans les   mouvements associatifs. Dont acte !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Les accommodements raisonnables :</span> notés AR dans le texte</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Passons     maintenant et rapidement à la question des accommodements    raisonnables.  Création originale du Canada destinée à faire face aux    situations  délicates non prévues par la loi, qui ne peut pas tout. Deux    remarques  avant de commencer :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1.     Ces accommodements ne concernent pas uniquement le champ du religieux   ou   du spirituel (ils sont dans ce cas appelés « accommodements   religieux   »), ils concernaient primitivement le monde du travail   (différends   salariés/employeurs) mais couvrent à présent un spectre   plus large de la   vie sociale (l’égalité homme/femme, discrimination en   fonction de  l’âge  ou du handicap, la santé, l’école, la sécurité,   etc.).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2.     Les demandes d’accommodements émanent presque exclusivement de groupes     ou de communautés minoritaires, y compris en provenance de croyances     séculières (pacifisme, végétarisme). Cela explique que la légitimité   des   accommodements (surtout les accommodements religieux) ne fasse  pas    l’unanimité des citoyens canadiens dont certains (avec le MQL,   Mouvement   laïque québécois) les assimilent à des traitements de faveur   qui   contreviennent ouvertement au principe d’égalité et remettent en   cause   l’équité sociale, fondement du vivre ensemble.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>[Ex :     droit de porter des signes religieux au travail, programmes   scolaires,   adaptation des horaires et des menus collectifs, des   pratiques dans le   milieu hospitalier, concernant les normes de santé   publique (abattage   rituel des animaux)…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ex :     le calendrier commun favorise la tradition ou religion majoritaire,     même si cela n’est pas en soi illégitime, qu’à cela ne tienne : ajout   de   jours fériés tenant compte des fêtes religieuses des confessions     minoritaires. Autre ex de norme par force non neutre culturellement :  la    langue publique commune (=mauricien), qu’à cela ne tienne :  politique    en faveur des langues d’origine. C’est une question de  justice    sociale et elle englobe même et y compris les accommodements   religieux,   ce qui n’est pas du goût du MLQ qui estime que la foi   doit/peut être   reléguée dans les confins du for intérieur]</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le MLQ néglige deux des prémisses sur lesquelles repose l’obligation (juridique) d’AR :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-discrimination indirecte</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>-protection juridique spéciale pour les convictions de conscience fondamentales entendues comme <em>«     les raisons…issues des conceptions (du monde et du bien) adoptées  par    les individus qui leur permettent…de donner un sens à leur vie.  Elles    entrent dans la constitution de leur identité morale et, à ce  titre,  se   distinguent radicalement des simples préférences »</em> <a href="#_ftn17">[17]</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ces     accommodements ou adaptations, vous l’aurez compris, sont destinés à     atteindre l’idéal d’équilibre maximum entre les principes de laïcité,     concrètement à corriger, à rectifier des discriminations sociales,     religieuses dues à une norme commune (s’appliquant à tous mais conçue à     l’origine par et pour la majorité) qui, même sans l’avoir voulu,  porte    atteinte à la liberté de conscience/religion ou au droit à  l’égalité  de   certaines minorités. Il s’agit le plus souvent de  discriminations    indirectes. Par ex le calendrier commun, qui se  trouve être dans la    majorité des cas pour des raisons historiques et  culturelles, le    calendrier religieux de la majorité, accordant ce  faisant une fermeture    des commerces le dimanche, jour de repos  chrétien, mais non pas à    l’occasion d’un jour férié hindou ou  musulman par ex.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En     l’occurrence cette norme commune n’est pas illégitime pour autant  mais,    au Canada, donne ou peut donner lieu à des aménagements  (toujours en    vertu du principe qu’il faut avant tout chercher à  atteindre la  finalité   de protection de la Lcse et de religion). Ce  qui est amusant  c’est que   l’équité invoquée par les adversaires des  AR sert à son tour  de   justification à la pratique de ces mêmes  accommodements !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>.J’insiste sur le fait que les accommodements religieux en particulier sont une <span style="text-decoration: underline;">obligation juridique</span> qui s’impose aux institutions publiques comme privées (ainsi l’ont décidé le Canada et les Etats-Unis) et ce en vertu de la <span style="text-decoration: underline;">protection juridique spéciale</span> dont jouissent les convictions de conscience fondamentales ou     engagements fondamentaux (dont les convictions religieuses sont une     sous-catégorie). Inutile de vous préciser que la France est complètement     étrangère à cette façon de considérer que les minorités religieuses     puissent se voir accorder, par souci d’équité ou de justice sociale,   des   exemptions ou dérogations à la règle commune.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jusqu’à     nouvel ordre les AR sont inapplicables en France car ils se     heurteraient chez nous à la conception républicaine de nos institutions :     c’est ainsi que le philosophe français H. Pena-Ruiz rappelle pour le     saluer <em>« le souci d’universalité de la sphère publique, la loi commune ne devant promouvoir </em>que ce qui est d’intérêt commun à tous.<em> »</em> <a href="#_ftn18">[18]</a> Je vous laisse imaginer l’accueil réservé aux demandes d’aménagement     par les minorités religieuses au sein d’un tel dispositif !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En     France la constitutionnalité des principes laïques, et de la  neutralité    étatique en particulier, fait qu’ils sont situés au plus  haut de la    hiérarchie juridique et que de la sorte aucune loi  nationale ou    internationale ne peut prétendre s’imposer à eux. Le  seul moyen d’y    toucher pour en changer serait bien sûr de réviser la  Constitution en ce    qui les concerne. Hypothèse hautement improbable  dans un pays où, la    laïcité républicaine faisant office de véritable  religion civile    séculière, la rigidité l’emporte sur la souplesse car  l’Etat, étant le    bien de tous, la chose publique, on ne saurait  tolérer qu’il soit    accaparé <span style="text-decoration: underline;">à leur profit</span> par une partie des citoyens.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>.J’insiste     ENFIN sur le fait fondamental que la mise en place des AR se trouve   au   cœur de la politique en faveur du multiculturalisme et en   représentent   en quelque sorte le fer de lance. Multiculturalisme,   j’insiste   là-dessus, qui s’enracine dans le libéralisme tel qu’il est   prôné et   pratiqué dans les pays anglo-saxons et dont le Québec semble   aujourd’hui   être la tête de proue (à l’avant poste).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff6600;">Conclusion : religions <em>versus</em> « mondialisation techno-marchande » <a href="#_ftn19">[19]</a> ? </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quoi     qu’il en soit des différences entre le modèle républicain, propre à   la   France, qui, d’après les « fondamentalistes » de la laïcité (comme    Henri  Pena-Ruiz), subit de rudes attaques et aurait bien besoin  d’être    réaffirmé et le modèle libéral canadien, et bien que, dans  l’absolu,  ce   soit du deuxième que Maurice pourrait a priori le plus  s’inspirer,  il  ne  faut pas oublier que la raison d’être ultime de la  laïcité est    l’émancipation juridique, politique et  intellectuelle/culturelle des    individus. La laïcité exige des  individus libres, et pour ce faire bien    formés et bien éduqués, et  cela passe par l’école. Celle-ci doit se    donner pour mission de  fabriquer des individus autonomes, capables de    réfléchir par  eux-mêmes, d’avoir un sens critique, d’être capables de    prendre de la  distance même à l’égard de leur propre tradition    religieuse et  culturelle (car il ne faut pas oublier que la religion    n’est pas  toute la culture). Ne sont-ce pas là les ferments potentiels    d’une  dissolution ou à tout le moins d’un relâchement des liens     communautaires ? Qui est prêt à en payer le prix ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il     est à craindre pourtant que cette vision des choses pèche par   angélisme.   Plus que les religions sans doute faut-il redouter les   méfaits, les   nuisances, l’uniformisation, la standardisation des   comportements et des   habitudes de consommation engendrés par l’ultra   capitalisme sauvage,   l’ultralibéralisme démantelant les services   publics, alignant toujours   plus le public sur le privé, ouvrant le   marché à la concurrence, y   compris le secteur public (la Poste,   l’énergie, le chemin de fer…) en   une fuite en avant.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est     en fait par et sous la pression violente ou voilée de     l’ultra-capitalisme et de son armature technologique, bousculant les     économies et les Etats (dépossédés et impuissants à contrer une     puissance qui les dépasse) que les individus sont modelés. C’est le     modèle capitaliste qui change la donne, entraîne l’humanité dans une     course forcée et effrénée et déstructure tout en permanence, de façon à     avoir tout sous sa coupe, d’en programmer la vie et la mort. Face à     cela, les religions pourraient bien constituer les ultimes remparts ou     barrages à cette lame de fond…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref1">[1]</a> <em>Commission Stasi</em>, p. 36.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref2">[2]</a> <em>Commission présidée par B. Stasi</em> Laïcité et République, p. 78-80.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref3">[3]</a> Il s’agit des menses (revenus ecclésiastiques : abbatiaux, conventuels, épiscopaux), fabriques,</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref4">[4]</a> G. Haarscher, <em>La laïcité</em>, QSJ ?, p. 15 et 59.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>Ibid.</em>, p. 15 et 60.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref6">[6]</a> J. Baubérot, <em>Les laïcités dans le monde</em>, QSJ ?, p. ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref7">[7]</a> B. Stasi, <em>Laïcité et République</em>, p. 51.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref8">[8]</a> P. 51.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref9">[9]</a> P. 51-52.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref10">[10]</a> Guy Haarscher</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref11">[11]</a> Jurisprudence : c’est l’<span style="text-decoration: underline;">ensemble</span> des décisions prises par les juridictions (tribunaux) sur une matière ou dans un pays, <span style="text-decoration: underline;">en tant</span> qu’elles constituent une source de droit ; <span style="text-decoration: underline;">ensemble</span> des décisions d’un tribunal…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref12">[12]</a> Baubérot, <em>Les laïcités dans le monde</em>, QSJ ?, p. 109.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref13">[13]</a> Le service militaire, par le brassage des populations, des catégories     socio-professionnelles, participait au renforcement du sentiment     d’appartenance citoyenne à la nation, voire à un certain patriotisme.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref14">[14]</a> Séculier (lat. relig. « profane », qui relève du « monde ») : Qui appartient à la vie laïque (opposé à ecclésiastique).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref15">[15]</a> Robespierre, Saint-Just en sont les figures les plus connues. Le     jacobinisme fut une doctrine de la patrie en danger, du salut public, de     la nation en armes. Surtout, c’est un patriotisme unitaire : la     République est une et indivisible et les factions sont condamnées comme     des entreprises de trahison. Les premiers jacobins n’étaient pas     partisans d’une séparation stricte entre l’Etat et l’Eglise, mais d’une     religion civile. Ce furent des spiritualistes (J. Touchard).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref16">[16]</a> Profane : qui est étranger à la religion (opposé à religieux, sacré).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref17">[17]</a> Taylor, <em>Laïcité et liberté de conscience</em>, p. 21.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref18">[18]</a> Cité dans Ch. Taylor, <em>Laïcité et liberté de conscience</em>, p. 35. C’est moi qui souligne.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="#_ftnref19">[19]</a> L’expression est du sociologue Pierre-André Taguieff.</strong></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
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		<title>Peut-on faire du plaisir une philosophie ?</title>
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		<pubDate>Thu, 26 May 2011 14:36:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>upim</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
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		<description><![CDATA[Il est difficile d’être libertin au 17ème siècle. Nous sommes à Toulouse, le 9 février 1619. Voici ce que l’on fit au philosophe libertin Jules César Vanini : « Avant de monter sur le bûcher, on lui ordonna de livrer sa langue au couteau ; il refusa ; il fallut employer des tenailles pour la lui tirer, et quand le fer du bourreau la saisit et la coupa, jamais on entendit un cri plus horrible. »   Il sera étranglé, son corps brûlé et ses cendres dispersées.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em><a href="http://www.upim.info/wp-content/uploads/2011/05/PierreGassendi1.jpg"><img class="size-full wp-image-1633 alignleft" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px; margin-top: 5px; margin-bottom: 5px;" title="Pierre Gassendi" src="http://www.upim.info/wp-content/uploads/2011/05/PierreGassendi1.jpg" alt="Pierre Gassendi" width="251" height="307" /></a></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La première conférence-débat de la semaine nationale de la philosophie a eu lieu le lundi 14 avril 2008 à la salle du Conseil de la mairie de Port-louis. Elle avait pour titre « Peut-on faire du plaisir une philosophie ? ». Nous avons d’abord présenté les multiples accusations et châtiments qu’ont subi les philosophes libertins au XVIIe siècle. Ensuite, nous avons présenté l’ecclésiaste et philosophe Pierre Gassendi (photo à droite), qui va tenter de « réhabiliter » Epicure (philosophe grec antique qui met le plaisir au centre de sa philosophie) comme un philosophe digne de ce nom. Pour terminer, nous irons plus loin que notre conférence et nous verrons comment il est possible (et souhaitable) pour une meilleure vie de faire du plaisir le moteur de l’existence. </em></strong></p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff6600;">I.- DÉNONCIATION ET CONDAMNATION DU LIBERTINAGE</span></strong></h4>
<p style="text-align: justify;"><strong> Il est difficile d’être libertin au 17ème siècle. Nous sommes à Toulouse, le 9 février 1619. Voici ce que l’on fit au philosophe libertin Jules César Vanini : « Avant de monter sur le bûcher, on lui ordonna de livrer sa langue au couteau ; il refusa ; il fallut employer des tenailles pour la lui tirer, et quand le fer du bourreau la saisit et la coupa, jamais on entendit un cri plus horrible. »   Il sera étranglé, son corps brûlé et ses cendres dispersées.<br />
Quelques années plus tard, le poète Théophile de Viau connaîtra un sort tout aussi terrible : avant qu&#8217;on ne parvienne à l&#8217;arrêter et à le jeter en prison ¬où il meurt le 25 septembre 1626, on l&#8217;exécute par contumace, on fait un autodafé de ses recueils de poèmes. Les mots injurieux et péjoratifs n’ont pas manqué au XVIIe siècle en France et en Europe pour les libertins : on les accusait à la fois d’hérétiques, de mécréants, d’athées, de blasphémateurs, de dissidents ou de libres penseurs.<br />
Et pour continuer dans les termes dévalorisants et insultants qui les montraient du doigt, on les accusait de débauchés, de matérialistes, de sodomites, de sceptiques, de démons, d’épicuriens, d’adeptes de la sorcellerie, de « voluptueux ». L’Eglise et les moralistes de tous bords n’étaient pas avares en qualificatifs insultants et en condamnations.<br />
L&#8217;un des représentants de cette haine des libertins, le père jésuite François Garasse écrit en 1622 : « J&#8217;appelle Libertins nos Yvrognets, moucherons de taverne, esprits insensibles à la piété, qui n&#8217;ont d&#8217;autre Dieu que leur ventre, qui sont enrôlés en cette maudite confrérie qui s&#8217;appelle la confrérie des bouteilles [...] C&#8217;est une gangrène irrémédiable, il faut couper, trancher, brusler de bonne heure, autrement l&#8217;affaire est désespérée. »<br />
Autre exemple de dénonciation, mais ici d’un point de vue philosophique : le moine Marin Mersenne, qui était mathématicien, théologien et philosophe, et qui fut le centre d’un réseau d’échange de l’Europe des savants, publie en 1624 l&#8217;Impiété des déistes, athées et libertins de ce temps : combattue et renversée de point en point par raisons tirées de la philosophie et de la théologie, et, l&#8217;année suivante, il publie la Vérité des sciences contre les Sceptiques ou Pyrrhoniens, ouvrage dans lequel le libertin est montré comme un « funeste oiseau de la nuit », est il est accusé de « ne pas supporter l&#8217;éclat de la vérité », et de limiter la connaissance « à la seule portée des sens », et le père Mersenne les accuse de ramener les hommes « à la condition la plus basse des bêtes les plus stupides » .<br />
Mais pourquoi tant de haines est-on amené à se demander ? Nous touchons ici au cœur du problème : le plaisir, lorsqu’il touche les sens, le corps, le ventre, la sexualité, et pour être plus général tout ce qui entre sous la catégorie philosophique de « matérialisme », a depuis toujours été dénoncé, condamné ou haï par les philosophies, les religions et les morales qui mettent l’esprit au-dessus de tout, l’âme comme réalité suprême et éternelle dans l’homme. Ces philosophies pensent que ce qu’il y a de plus haut chez l’homme, c’est la spiritualité ; philosophies que l’on classe ordinairement sous la catégorie d’ « idéalisme ».</strong></p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff6600;">II.- GASSENDI (1592-1655)</span></strong></h4>
<p style="text-align: justify;"><strong> Pierre Gassend, dit Gassendi, est mathématicien, astronome, théologien et philosophie. Il est à la fois prêtre, professeur de théologie, professeur de philosophie à 23 ans et professeur de mathématique. Son cas est intéressant car il va essayer de concilier le christianisme avec l’épicurisme.<br />
Gassendi était aussi le contemporain de Galilée avec qui il correspondait sur la physique et l’astronomie, et avec qui il était d’accord pour dépasser les théories d’Aristote en reprenant la cosmologie de Copernic. Il se lie d’amitié avec l’un des plus grands philosophes anglais de ce 17e siècle : Thomas Hobbes. Il était aussi un de grands lecteurs et contradicteurs de Descartes sur la nature de la matière.<br />
Mais qu’est-ce qui fait de Gassendi un libertin, un penseur libertin ? Il disait justement qu’il ne fallait enfermer la liberté d’esprit dans aucune doctrine. Soumettre l’esprit libre à une doctrine (il pensait ici à l’aristotélisme), même si cette doctrine promettait le bonheur, pour Gassendi c’était l’enchaîner. Il concevait le bonheur dans le fait qu’il fallait laisser l’esprit libre, lui permettre de se mouvoir librement, même si parfois il se trompe, car il n’existe pas de vérité absolue.<br />
Deuxième élément qui semble le mettre du côté des libertins, c’est qu’il va s’intéresser de près à Epicure et en faire une apologie en écrivant Vie et Moeurs d&#8217;Epicure. Gassendi va se projeter dans le personnage d&#8217;Epicure et va s&#8217;identifier à lui. C&#8217;est un peu son propre portrait qu&#8217;il dessine à travers celui du philosophe antique. Il va publier plusieurs ouvrages dans lesquels il va s’essayer à réhabiliter la conception de la nature d’Epicure.<br />
En effet, les attaques dont Epicure a été l&#8217;objet de la part des philosophes antiques puis des penseurs chrétiens ont essentiellement porté sur ses moeurs (débauche, gourmandise, etc.) et ont ainsi masqué des siècles durant ce que fut véritablement la vie d&#8217;Epicure. Gassendi mène scrupuleusement une enquête érudite, sources et textes à l&#8217;appui, afin de rétablir la vérité d&#8217;une existence ; car à ses yeux, il faut absolument commencer par réhabiliter Epicure injustement calomnié quant à ses moeurs et réparer le scandale que constitue sa mauvaise réputation.</strong></p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff6600;">III.- LE PLAISIR COMME PHILOSOPHIE</span></strong></h4>
<p style="text-align: justify;"><strong> Manger et boire sont essentiels pour vivre, et ils sont une des premières et constantes sources de plaisir. Mais peu de philosophies se sont réellement intéressées au plaisir que procure la satisfaction de ces besoins, et plus généralement aux autres plaisirs. Or, c’est sur ces plaisirs-là que doit partir une réflexion sur le plaisir, une philosophie du plaisir. Nous n’avons qu’une vie, et seule la vie existe. Pour reprendre Epicure, la mort n’est rien, car quand nous vivons, nous ne savons pas ce qu’est la mort, et lorsque nous sommes morts, par définition nous ne savons plus ce qu’est la vie. Donc l’existence doit être la seule préoccupation digne de ce nom, et il ne tient en grande partie qu’à nous de nous réaliser et de bien vivre durant notre existence. C’est à partir de cela que nous pourrons parler du plaisir comme philosophie de vie, car la philosophie doit nous apprendre, avant toute chose, à bien vivre.<br />
Nous cherchons tous des choses agréables (c’est un des sens du mot plaisir), et nous fuyons les choses désagréables, sauf si nous pensons qu’elles vont être source de plaisir ultérieure. Nombreux sont les philosophes qui, depuis l’Antiquité, (Leucippe, Démocrite, Epicure, Lucrèce, Aristippe, Diogène) en passant par l’époque moderne (Montaigne, Spinoza) et l’époque contemporaine (John Stuart Mill, Michel Onfray) ont défendu le plaisir ou en ont fait un principe de vie. Or, le plaisir est bien ce qui nous procure une sensation agréable, et nous sommes là dans l’ordre du sentir, du ressentir, de la sensation. Une philosophie du plaisir doit regarder plutôt du côté de la sensation, même si notre entendement joue un rôle majeur. Tout être humain connaît à un moment ou à un autre de sa vie la souffrance ; la philosophie doit servir à donner un sens à la souffrance et à pouvoir en sortir, ou du moins à l’atténuer si on ne peut l’éliminer. Qu’elle soit physique ou psychologique, la souffrance est ce à partir de quoi il faut partir pour envisager une philosophie du plaisir. Ignorer la souffrance, c’est ignorer le plaisir. Mais ignorer le plaisir, c’est se complaire dans la souffrance. Pour reprendre Spinoza : « philosopher, c’est apprendre à vivre ! » et nous pourrions rajouter que philosopher, c’est apprendre à mieux vivre, à bien vivre, à vivre agréablement.</strong></p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff6600;">CONCLUSION</span></strong></h4>
<p style="text-align: justify;"><strong> Ce n’est plus l’interrogation « Peut-on faire du plaisir une philosophie ? » qu’il faut poser, mais plutôt l’affirmation suivante « Faisons du plaisir une philosophie ! », car les plaisirs de la vie sont les éléments indispensables qui vont contribuer à construire le plaisir de la vie, le plaisir d’une vie. Faisons nôtre cet injonction aux forts relents épicuriens d’Omar Khayyâm : « Sois heureux un instant, cet instant c’est ta vie ! »</strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong><a href="../intervenants/joseph-cardella/" target="_blank">Joseph Cardella</a></strong></p>
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		<title>Philosopher, c&#8217;est se préoccuper de l&#8217;homme</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Sep 2009 18:29:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous donnons une explication de trois phrases de différents philosophes qui mettent l’homme au cœur des préoccupations philosophiques. En effet les interrogations sur l’homme ont toujours habité la philosophie.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-78" title="Aristote" src="http://www.upim.info/wp-content/uploads/2009/09/New-Picture1-150x150.png" alt="Aristote" width="150" height="150" /></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous donnons une explication de trois phrases de différents philosophes qui mettent l’homme au cœur des préoccupations philosophiques. En effet les interrogations sur l’homme ont toujours habité la philosophie. Ces trois parties sont le texte de l’émission de la Journée mondiale de la Philosophie diffusée sur la MBC 3 le jeudi 20 novembre 2008 à 19h par Joseph Cardella.</strong></p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #993300;">1) « L’homme est la mesure de toutes choses ».</span></strong></h4>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le philosophe Protagoras, qui vécut en Grèce au Vème siècle av. J.-C.,  nous dit qu’il n’y a pas de vérité au-dessus de nous. La vérité est toujours liée à un individu ou à un groupe. Par exemple, si je mets ma main dans de l’eau chaude et que je la retire parce que je trouve l’eau trop chaude, en réalité, ce n’est pas l’eau qui est chaude, comme on a l’habitude de dire, mais c’est moi qui trouve l’eau trop chaude. Autrement dit, l’eau est chaude pour moi. Pour une autre personne, l’eau ne sera sans doute pas chaude.<br />
Nous pouvons considérer cette conception de la vérité comme une des plus importantes de la pensée humaine. Il s’agit ici du relativisme ! Le relativisme est la conception qui dit que la vérité est ce qu’en font les hommes. C’est à partir des hommes et en fonction des hommes que les vérités se construisent.<br />
Est-ce qu’on pourrait dire alors à chacun sa vérité ? Y aurait-il autant de vérité que d’individus ? En fait, il y a des vérités individuelles et des vérités collectives. Pour reprendre l’exemple de tout à l’heure, ma vérité, c’est qu’à une certaine température l’eau va brûler ma main, alors que ça ne sera pas le cas pour quelqu’un d’autre. L’homme est donc la mesure de toutes choses, et c’est à partir de lui que la vérité aura du sens.</strong></p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #993300;">2) « L’homme est un animal politique ».</span></strong></h4>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cet autre philosophe grec qu’est Aristote, qui vécut au IVème siècle av. J.-C., affirme que ce qui caractérise l’homme, c’est qu’il vit en société. Les hommes en dehors de la société n’ont pas de vie possible. C’est ce que veut dire en grec ancien le mot « politiké », qui est l’adjectif qui renvoie à cet autre mot grec « Polis » P.O.L.I.S., qui veut dire la Cité (par exemple la cité d’Athènes). Pour Aristote, l’homme est un être qui vit dans la Cité, dans la ville, dans la société, dans la civilisation. Cela signifie que notre vie est totalement liée à la vie des autres. Nous sommes à la fois des individus à part entière et des êtres sociaux. Nous avons tous une histoire singulière, mais nous ne pouvons avoir une histoire qui nous est propre que parce que nous faisons partie d’un groupe, d’une société.<br />
Si nous comprenons cette phrase de la manière la plus large possible, cela veut dire que du plus petit village de la planète à la plus grande ville, les hommes vivent toujours en groupe, et que ces groupes ont des règles et des normes. On pourrait donc dire qu’être seul au monde est donc impossible ! Comme disait le chanteur Gilbert Bécaud : « la solitude, ça n’existe pas ! » Nous pouvons nous sentir seul, mais en réalité nous sommes toujours dans la société, nous faisons toujours corps avec la société.</strong></p>
<h4 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #993300;">3) L’homme n’est pas un empire dans un empire.</span></strong></h4>
<p style="text-align: justify;"><strong>Spinoza, philosophe hollandais qui vécut au 17ème siècle, est un de ceux qui ont remis l’homme à sa place. En effet, nombre de religions et de philosophies ont mis l’homme au centre du monde. L’homme a une place privilégiée dans le monde. Mieux encore : pour certains, il a la meilleure place parmi les êtres vivants. Beaucoup d’hommes se sont considérés comme ne faisant pas tout à fait partie de la nature. Or, lorsque Spinoza dit que l’homme n’est pas un empire dans un empire, il veut signifier que l’homme n’est pas une exception dans la nature. En effet, tout dans la nature est déterminé. Tous les phénomènes dans la nature ont des causes, et ces causes sont naturelles. Et l’homme, faisant partie de la nature, obéit aussi aux lois naturelles.<br />
Spinoza fait l’analyse suivante : nous sommes nombreux à penser que les hommes ont un pouvoir spécial qui consiste à troubler l’ordre de la nature au lieu de suivre cet ordre. L’homme se croit libre. Et justement, cette liberté est ce pouvoir &laquo;&nbsp;quasi-magique&nbsp;&raquo; de se croire différent de la nature. Ainsi, les hommes se croyant libres se considèrent étant un empire, ici le libre-arbitre, dans un empire, c’est-à-dire la nature. Autrement dit, nous avons l’habitude de nous considérer comme des êtres exceptionnels.<br />
Continuant son analyse, Spinoza nous dit que lorsque nous éprouvons de la jalousie, de la haine, de l’amour, de la colère, tous ces sentiments sont causés par d’autres choses en nous. Il y a donc des causes à nos passions et à nos sentiments. Le fait de dire donc que nous obéissons tous aux mêmes lois naturelles et que c’est le principe de causalité qui gouverne le monde et qui nous gouverne, cela veut dire que nous ne sommes pas des êtres exceptionnels, mais que nous suivons les lois communes de la nature, comme tout ce qui existe.</strong></p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://www.upim.info/intervenants/joseph-cardella/" target="_blank"><strong>Joseph Cardella</strong></a></p>
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		<title>Le savoir pour tous, est-ce une utopie ?</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Sep 2009 05:54:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
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		<description><![CDATA[Qu’ils soient manuels, culturels, artistiques, sociaux ou autres, nous savons tous des choses, et savons tous faire des choses. Le savoir est le propre des humains. Partant de là, l’ignorance n’existe pas. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-medium wp-image-318" title="Dessin" src="http://www.upim.info/wp-content/uploads/2009/09/Dessin-282x300.gif" alt="Dessin" width="282" height="300" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelle que soit notre provenance sociale ou culturelle, nous possédons tous des savoirs. Qu’ils soient manuels, culturels, artistiques, sociaux ou autres, nous savons tous des choses, et savons tous faire des choses. Le savoir est le propre des humains. Partant de là, l’ignorance n’existe pas. On peut être ignorant de telle ou telle chose, mais l’ignorance absolue n’existe pas. Or qu’est-ce qui fait que dans nombre de sociétés quelqu’un qui n’est pas allé à l’école soit catalogué d’ignorant ? Cette stigmatisation, comme toutes les autres d’ailleurs, est sociale, et permet de départager ceux qui « savent » de ceux qui ne « savent » pas.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Or le savoir dans les sociétés est synonyme de pouvoir. Ceux qui connaissaient les textes sacrés et les lois religieuses ont toujours eu le pouvoir dans les sociétés antiques. Le pouvoir politique et le pouvoir religieux ont toujours été entremêlés, voire parfois inextricables. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Le savoir est-il toujours synonyme de pouvoir ? Les « spécialistes » et les « savants » ont peut-être remplacé les anciens prêtres dans le pouvoir qu’ils détenaient dans la société. Aussi, on voit bien que le diplôme confère un statut qui donne du pouvoir. Les diplômés sont perçus comme des personnes ayant un savoir… et donc du pouvoir.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Aujourd’hui, de plus en plus, certains savoirs ont une importance considérable, car ils sont liés à l’économie et aux décisions politiques. Il suffit de voir les grands projets dans notre île liés au savoir : Knowledge Hub, Cyber City, tous dédiés à la connaissance. Nous produisons donc des techniciens, des savants de toutes espèces. Et nous sommes dans tous ces cas dans une spécialisation du savoir qui demandent de longues années de formations à des techniques bien précises, et en constante évolution. Ce savoir, ou plutôt ces savoirs, sont-ils accessibles à tous ? Se pose ici la question des études. Tout le monde a-t-il les moyens de faire des études ? Bien évidemment non. Les classes sociales les plus défavorisées sont, de facto, les moins scolarisées (ou les plus mal scolarisées), et celles qui comptent le moins d’individus dans les études supérieures. Mais bien plus que le savoir, c’est la mise à distance du savoir qui va nous préoccuper ici.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En effet, c’est la démarche critique qui nous semble ici essentielle. Distinguons le savoir comme un ensemble de connaissances scientifiques ou techniques dans un domaine donné, et la démarche critique. Interroger le savoir, sa place dans la société, ce qu’il véhicule, et le situer toujours dans un contexte précis, voilà ce que peut être une démarche critique. Développer la capacité de chacun à pouvoir évaluer et apprécier de manière rationnelle une expérience, une théorie, une conception, voilà ce que l’on peut appeler un esprit critique et interrogateur. Ne pas s’arrêter à ce que l’on entend ou que l’on croit savoir, c’est cela user du sens critique. Mais on pourrait nous objecter comment savoir qu’une chose que l’on croit vraie est en réalité fausse ? C’est justement en étant confronté à d’autres types de savoir, et plus particulièrement à un savoir critique que l’on peut se rendre compte de certains préjugés qui nous gouvernent, d’idées préconçues qui nous ont toujours accompagnés… et rassurés.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Imaginons une approche où non seulement certains savoirs seraient mis à la portée d’un public non spécialiste, mais où aussi l’interrogation sur ces savoirs seraient une des finalités de cette approche : cela semblerait une tâche énorme, voire impossible. Concevons un endroit où nous pourrions, à partir de certains contenus, nous interroger sur certaines idées reçues, et questionner nos propres expériences quotidiennes. Pensons à une structure qui viserait l’élitisme pour tous (voir encadré), où chacun pourrait, en fonction de ses capacités, interroger le monde et s’interroger lui-même. Où celles et ceux qui n’ont pas fait d’études ou les ont arrêtées prématurément pourraient légitimement avoir accès à des connaissances présentées avec une certaine rigueur et participer à des échanges à partir de ces connaissances. Songeons à un lieu où ce ne sont pas les meilleurs éléments rudement sélectionnés qui ont le droit d’y entrer (élitisme), mais où chacun, en fonction de ces capacités, pourraient trouver une place dans la le partage de la connaissance et dans une interaction soutenue avec celui qui transmet cette connaissance. Cet endroit, en réalité, essaie de réunir toutes ces conditions évoquées plus haut, d’ouvrir le savoir au plus grand nombre, d’amener les gens à réfléchir sur un sujet ou une question, de proposer un éventail assez large de disciplines autour de questions contemporaines et de problématiques actuelles et complexes. C’est ce que s’efforce de proposer et de défendre l’Université populaire depuis sa création en octobre 2007.</strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Joseph Cardella</strong>,  Initiateur et responsable de l’Université populaire</p>
<p><a title="le mauricien week end" href="http://www.lemauricien.org/weekend/in081109.htm" target="_blank">Article paru dans l’hebdomadaire mauricien Week End du dimanche 9 novembre 2008</a></p>
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